Illégalité de cinq questions couramment posées lors d’un entretien
80 000 euros. C’est le montant record d’amende déjà infligé à un employeur pour avoir ignoré les limites posées par la loi lors d’un recrutement. En France, la frontière entre curiosité professionnelle et intrusion illégale n’est pas une simple formalité. Elle façonne l’équilibre, fragile, entre égalité des chances et respect du secret de chacun.
Ignorer ces restrictions peut entraîner l’annulation de la procédure de recrutement, voire des poursuites pour discrimination. L’encadrement juridique vise à garantir l’égalité des chances et la protection de la vie privée des candidats.
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Questions illégales en entretien : ce que dit la loi et pourquoi ces pratiques persistent
En matière de recrutement en France, l’improvisation n’a pas sa place. D’après le code du travail, seules les informations demandées strictement liées au poste proposé peuvent être sollicitées auprès d’un candidat. Pourtant, trop souvent, on retrouve dans les entretiens d’embauche des questions bannies par la loi, comme si rien n’avait changé.
Le texte est limpide : il n’est pas permis d’interroger sur la situation familiale, les convictions religieuses, l’adresse, l’orientation sexuelle ou l’appartenance syndicale d’un candidat. Cette règle protège les droits fondamentaux et assure l’équité du processus de recrutement. Les articles L1221-6 et suivants du code du travail encadrent ces sujets avec précision.
Pourquoi certains recruteurs s’égarent-ils encore ? Par habitude, souvent. Certains continuent de questionner bien au-delà des aptitudes professionnelles. Parfois, c’est le manque de connaissance du droit qui l’explique. Mais face à l’évolution rapide du marché de l’emploi et à la pression réglementaire, ces pratiques sont de plus en plus pointées du doigt.
Pour s’en tenir à la règle, tout ce qui dépasse l’évaluation de la capacité du candidat à occuper le poste sort du cadre légal. Seules les compétences, l’expérience et la motivation doivent guider l’échange. Tout écart expose l’employeur à des conséquences juridiques ou d’image.
Quels sont les cinq types de questions à ne jamais poser lors d’un recrutement ?
Lors d’un entretien, certains thèmes devraient rester définitivement hors d’atteinte. Le code du travail trace une ligne claire autour de la vie privée des candidats. Et pourtant, cinq grandes familles de questions interdites s’invitent encore, parfois par réflexe, lors d’un entretien d’embauche.
Voici ces catégories à éviter impérativement :
- État de santé et handicap : toute question visant la santé, la grossesse, un éventuel handicap ou l’aptitude physique, sauf exception liée à une exigence réelle du poste, sort des clous. On juge les aptitudes professionnelles, pas le dossier médical.
- Situation familiale : questionner un candidat sur sa situation maritale, ses projets d’enfants, ou ses moyens de garde est interdit. Même sanction pour le lieu de résidence, qui ne doit pas entrer en ligne de compte.
- Opinions et croyances : terrain miné. Les questions sur les opinions politiques, les convictions religieuses ou philosophiques sont à proscrire. Il n’existe aucune justification pour sortir de ce cadre, pas même la fameuse « culture d’entreprise ».
- Origine, sexe, âge : sélectionner sur l’origine supposée, la « race », le sexe ou l’âge est formellement interdit. La neutralité du processus de recrutement doit primer.
- Adhésion syndicale ou associative : l’engagement syndical, mutualiste ou associatif appartient à la sphère privée. L’employeur n’a pas à en connaître. La loi protège ces engagements, piliers de la liberté individuelle.
Tout glissement vers ces sujets pose un risque réel pour l’entreprise. Le respect de ces frontières garantit un recrutement basé uniquement sur la compétence.

Conséquences juridiques et conseils pour protéger candidats et employeurs
Un écart lors d’un entretien d’embauche peut rapidement dégénérer en contentieux. Le code pénal prévoit des sanctions lourdes : jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende, selon l’article 225-1, pour atteinte à l’égalité d’accès à l’emploi. Si un candidat est écarté pour une raison illicite, le conseil de prud’hommes peut être saisi sans délai. Les juges peuvent alors condamner l’entreprise à verser des dommages et intérêts, voire annuler le contrat de travail ou la promesse d’embauche.
La responsabilité ne s’arrête pas au chef d’entreprise. Toute personne ayant pris part au processus de recrutement, manager, RH, dirigeant, peut être poursuivie personnellement. Les tribunaux rappellent qu’il suffit d’aborder une question interdite pour être fautif.
Pour rester dans les clous, il est conseillé de bâtir les entretiens autour des aptitudes professionnelles et des compétences attendues. Utiliser des grilles validées par le service juridique ou la direction, former les équipes RH à la gestion des informations demandées et assurer la traçabilité des échanges limite les risques.
Les candidats, eux, peuvent refuser de répondre à une question prohibée : ce refus ne saurait justifier un rejet de dossier. En cas de débordement manifeste, le défenseur des droits ou le conseil de prud’hommes peut être saisi. Protéger l’équité du recrutement, c’est préserver un climat de confiance au sein du monde du travail.
À l’heure où la dématérialisation des entretiens et la pression réglementaire s’intensifient, la vigilance n’a jamais autant compté. L’entretien d’embauche ne doit jamais être le théâtre d’un interrogatoire déplacé : il s’agit avant tout d’une rencontre professionnelle, où chacun doit pouvoir avancer sans craindre que le passé ou la vie privée ne lui barrent la route.